Ultra Race 110km ( 7000m D+)
Pourquoi je me suis inscrit sur Ultra Race 110km avec dénivelé 7000m + fin Mai à Annecy ?
Parce que j’avais l’ambition de faire un ultra de 165km en Octobre 2017 donc il faudrait faire un trail de + 100km 6 mois avant cet ultra ( j’avais pensé à Ultra 165km aux Pyrénées). Mais j’ai changé d’avis, je retire mon projet d’ultra 165km pour raisons personnelles et familiales. Mais j’ai décidé quand même d’aller faire Ultra Race 110km. Yan Motschwiller, un fidèle compagnon avec qui on s’entend très bien dans des courses difficiles, avec lui, on gère souvent très bien nos rythmes croisés. Il a décidé d’y aller avec moi. C’est bien pour lui car il prépare ses Diagonales des Fous à la Réunion en Ocobre 2017. (J’aimerai faire cette diagonale en 2019 si tout ira bien).
Vendredi, j’ai rejoint Yan à la gare de DIJON pour nous rendre à Annecy ensemble avec sa voiture,
Nous sommes bien arrivés à Annecy, il faisait déjà chaud.
Nous filons directement chercher nos dossards au Village Maxi Race juste derrière le magnifique lac !,
Nous avons eu une bonne surprise de recevoir un cadeau de bienvenue, une bouteille de bière personnalisé par notre numéro de dossard, pas mal ! J’ai aperçu le grand champion de trails, le français, François D’Haene dans ce village et j’ai posé photo avec lui. ( voir photo). Il va faire aussi cet Ultra Race pour préparer son UTMB qui va être très disputé cette année avec le grand retour de Kilian JORNET ( l’extra terrestre de l’Ultra Trail, et mon idole !).
Cette course a une particularité, c’était la 1ère édition de MAXI RACE cette année et le départ était à 1h30 du matin !, c’était compliqué pour Yan et moi de gérer le temps de repos et du repas avant cette course. Et la chaleur qui frappe Annecy ne nous a pas aidés.
À l’hôtel à 8km du départ, après avoir avalé un bon repas de pâtes frâiches et une bouteille de Pellegrino bien frais dans un resto au Vieux Annecy ( magnifique quartier très charmant), nous rentrons vite à l’hôtel vérifier une dernière fois nos équipements et je me suis allongé et mes paupières ont vite baissé, Yan regardait son émission de jeu préféré qu’il ne pouvait pas manquer et il n’a pas dormi. Il m’a réveillé 2h avant le départ.
On est enfin dans notre sas de départ. On n’est pas loin des élites. C’est les organisateurs qui ont trié les différents participants par différents SAS de départs en fonction de nos palmarés et on nous a classé pas loin des Elites, donc c’est tout dire… pas mal !
1h30 : c’est parti ! les feux en rose ont illuminé le chemin de départ avec une bonne ambiance et beaucoup de familles et amis sont là pour encourager ses proches. On déroule tranquille le long des berges du lac pendant 3km, et on a même vu des jeunes fêtards avec leur bouteille d’alcool se défoncer et nous on court pour une vingtaine d’heures ! il ne faisait pas froid du tout, je suais déjà au début de la course.
On affronte la 1ère ascension pour atteindre le sommet de SEMNOZ ( déjà 1200m de dénivelé à avaler), on a croisé Luca PAPI, ambassadeur de WAA qu’on vient de doubler, Yan et moi on s’est regardé si on allait pas trop vite car Luca est un traileur professionnel et a couru des courses extrêmes, on vient de le doubler en grimpant le sommet, je suis surpris et on s’est dit que peut être il a décidé de s’ amuser et non faire la course avec les élites ou économiser car on va passer tout le monde une journée très très difficile avec la canicule ( on parle de 34/35 degrés au milieu de la journée),
On est arrivé au 1er ravito et on est agréablement surpris qu’on nous propose de la soupe chaude ( j’en ai pris 2 !). J’ai bien rempli les bidons et la poche à eau car je suais beaucoup déjà et j’ai grignoté pas mal car le prochain ravito « solide » est assez loin. On est pas resté longtemps. On est reparti sans traîner.
On attaque la longue montée vers Le Charbon. Les 1eres difficultés apparaissent, c’est que nous souffrons de plus en plus avec l’augmentation des températures petit à petit.
Je regardais ma montre Fénix 3 pour les kilomètres avalés depuis. Je sais qu’il ne faut pas trop regarder la montre car on voit souvent l’augmentation de distance très lente qui peut casser le moral, je le regardais car j’étais pressé d’atteindre le prochain ravito pour m’asseoir un peu. Il faisait chaud ! par chance, les sous bois nous font du bien avec la fraîcheur mais ca ne dure pas, j’ai eu un coup de mou juste avant ce ravito.
Je me suis demandé mais avec cette chaleur qui va taper toute la journée, comment je ferais pour atteindre 113km avec les 6 côtes encore à faire…je commençais à ne plus avoir d’eau.
Heureusement que le ravito suivant arrive là. J’ai décidé de m’asseoir, Yan avait l’air envie de repartir, mais j’ai préféré souffler, m’asseoir et manger et régler la position de mon sac à dos. Yan m’a rejoint s’asseoir à côté de moi et il m’a dit qu’il faut repartir et ne pas rester assis longtemps, oui il a raison mais j’étais bien en étant assis. Bon il faut y aller ! je rouvre mon portable mais pas de réseau ! donc je le range et on continue…
Des coureurs commencent à souffrir sérieusement et dorment même à coté du sentier, vaincus par le sommeil !, nous, pas question de dormir là.. On continue.. de loin, j’aperçois le Lac mais c’est cruel qu’on voit de loin le Lac alors qu’on souffre avec la chaleur, cela nous donne envie d’y plonger, la couleur du Lac était trop belle ! J’ai revu Luca PAPI qui a décidé de mettre le turbo en accélérant de façon incroyable ! et je ne l’ai plus revu.
Encore une côte à faire avant d’atteindre le grand ravito de Doussard, on s’arrête à un ravito léger, ( ce ravito était mal organisé, des bénévoles désorientés, il n’y avait plus d’aliments en rupture de stock et je vois des packs de bouteille d’eau en plein soleil et pas à l’ombre, c’est pas très génial) et là, je me dis que c’est pas très super de continuer la course avec cette chaleur qui nous épuise et qui diminue de plus en plus notre plaisir de courir. Je vois beaucoup de coureurs allongés à l’ombre et même je vois une dizaine de coureurs jeter l’éponge et attendent une navette pour rentrer. Yan et moi, on discute ce qu’on fait. Car on était à km 50/55 et pas encore la moitié de la course et on est déjà fatigués. On est inquiets de la suite. On commence à évoquer les1er mots de l’abandon, l’arrêt total sur cette ravito. Mais non, on s’est regardés, il ne faut pas regarder les coureurs prendre la navette, mais plutôt regarder le sentier qui nous ramène dans la suite. On grimpe, Yan est parti et moi je traîne car j’avale des noix de cajou, je commençais à être faible. Et je l’attrape et je suis parti en bon rythme, j’aime beaucoup grimper,( mon point fort) je prends plaisir de monter malgré la canicule. Je double de plus en plus de coureurs étouffés et Yan me rejoint dans la descente après le sommet, Yan est un très bon descendeur, il a l’air de se balader en descentes et moi je ne suis pas bon . Je le reconnais ( je dois travailler plus aux descentes à l’entraînement) et j’ai eu des douleurs de genoux en descente et j’ai dit à Yan que je ne pouvais pas accélérer en descendant, et qu’il peut y aller à son rythme et on se verra dans la suite. Et que je le rattraperai aux montées suivantes. À l’approche du ravito solide du Gymnase Doussard KM 71, j’étais content et bien en jambes.
On arrive au gymnase Doussard et je vois quoi ? ouh là là beaucoup de traileurs allongés et occupés par la Croix Rouge Et d’autres se font masser par des kinés et d’autres aux soins des podologues. Et d’autres déjà habillés en ville attendre la navette du retour.
Yan me dit qu’il n’en peut plus, qu’il veut arrêter là. Il veut dormir. Je lui ai dit qu’il doit s’allonger et dormir un peu et que je m’occuperais de lui en lui apportant de la soupe, du coca etc… je me change, je jette mes paires des chaussettes troués déjà. Je suis allé chercher du coca et soupe un peu plus loin, et un couple de traileurs me disent bravo pour arriver là. Je m’étonne de leur déclaration et je leur dis que eux c’est pareil mais que ce n’est pas fini, encore beaucoup d’heures de course à faire. Ils nous répondent : « nous, on arrête ici, c’est pas possible de continuer avec la chaleur, c’est trop dur ». je me pose des questions vu que Yan veut arrêter aussi. Je fais quoi ? je retourne le voir, il dormait déjà profondément, j’en ai eu l’impression, je le réveille car la soupe était prête, et il se réveille difficilement et il n’a pas envie de se lever et préfère dormir encore… ouh là là là, je rouvre mon portable appeler ma chérie prendre ses nouvelles et ceux de mes enfants. je réveille à nouveau mon ami qui se lève doucement et avale la soupe et appelle sa femme lui annoncer qu’il veut arrêter, et elle lui dit « non ! tu continues !! » et sa fille, pareil ne veut pas qu’il abandonne. Yan, après ces réactions de ses proches et il décide de continuer malgré tout. On sort du gymnase et je reconnais un homme, ami de Didier Guesnon, lui-même traileur expérimenté et il a arrêté sa course de Maxi Race de 86km, à cause de la chaleur et m’informe que Didier est toujours en course avec Jean François Daniel sur 86km en ce moment ( ils ont été finishers en 86km pour info, bravo à eux). On aperçoit le prochain sommet très très haut devant nous à faire, oh là là ca fait mal au moral.
Tant pis, on ne peut plus reculer, il faut avancer et donc je dis à Yan que j’attaque le sommet maintenant. J’ai pris déjà une vingtaine de coureurs sur l’ascension et au sommet , je me sentais bien et je ne vois plus Yan, je me dis qu’il faut le laisser à son rythme et qu’il viendra me rattraper à la prochaine descente, j’atteins le point d’eau ( un oasis pour moi !!!). je calcule le temps qu’il me restera, je me dis que je pense arriver aux alentours de 23 heures. Un traileur me demande si je vais bien, je lui dis oui ca va. Par hasard, il me dit que si on continue à ce rythme, on arrivera vers 2h du matin et mes yeux deviennent gros ! 2h du matin !?..pas possible...J’en ai marre..ben, je continue…ca monte, ca monte, encore !!!
Au bout de cette montée assez raide, il y a des tables de pique nique devant un télésiège, je décide de m’arrêter, me reposer et m’allonger à coté d’une dizaine de coureurs qui dormaient.. et merde, j’ai eu beaucoup de mal à me lever.. je me lève doucement, je rouvre mon portable et pas de réseau !!
Tant pis, je continue et déjà je me trompe de trajet, je fais demi-tour , la concentration baisse de plus en plus avec les heures accumulés dû au manque de sommeil ( l’effet du départ à 1h30 pffff !),
Je continue tout seul, je me bats et quelqu’un me tape sur mon épaule, c’est qui ? je me retourne , ah Yan est revenu !!! il a retrouvé la pêche, je lui fais la bise et me double déjà et il part devant en donnant du rythme, génial ! je suis très content qu’il soit revenu car je pensais vraiment le perdre pour le reste de la course, je le suis, ca me réveille !,
La température baisse, on voit une côte très très raide nous attendre de pied ferme ! oh là la ca fait mal de le voir d’en bas. On voit même des cordes là haut à utiliser, c’est dire…
Bon on n’a pas le choix, on y va. En haut, des bénévoles nous applaudissent et on pensait continuer mais on a vu des traileurs allongés et souffler et on les a copiés en profitant d’une belle vue magnifique ( voir photo), on a mis nos coupes vent, on commence à avoir froid.
La descente qui nous attend là est sur 12km, oh là là, avec mon point faible aux descentes, j’allais souffrir. La nuit tombe vite.
On s’arrête sortir nos lampes frontales.Il n’y a personne autour de nous, on est bien seuls au monde ! Il fait noir et la descente est très longue et interminable et plein de pierres, j’ai pas aimé la descente avec des pierres.
Yan m’appelle et me dit avec l'air sérieux qu’il arrête tout en bas de la descente au prochain point d’eau. Il me dit que c’est pas possible d’arriver à 3h/4h du matin, qu’il avait sommeil, qu’il veut rentrer dormir. Je suis surpris de sa réaction ferme comme s’il est vraiment déterminé à arrêter. Je lui dis qu’on verra en bas en me disant « J’espère que Yan va encore changer d’avis ! ».
Arrivés au point d’eau, des bénévoles nous offrent des biscuits et du café chaud ! super, on s’asseoit et Yan me dit à nouveau qu’il abandonne définitivement et cherche un bénévole pour déclarer son arrêt. Et moi, je fais quoi ? je suis perdu, oui je suis épuisé aussi, envie de dormir mais j’avais encore les jambes pour terminer. Yan me demande : « et toi ? tu arrêtes ou tu continues ? » je lui répond : « je ne sais pas, comment je vais rentrer si tu rentres maintenant en navette » ( sachant que notre hotel est à 8km de la ligne d’arrivée et yan a sa clé de voiture pour rentrer à l’hotel, me demandant comment je vais trouver un bénévole à l’arrivée dans le noir pour une solution pour rentrer à l’hotel ( taxi ? j’avais la flemme de réfléchir à cela, et je me rasseois et je dis à yan que j’arrête comme lui. Et Silence, pas un mot pendant plusieurs minutes. Yan a envoyé un texto à l’organisateur de son abandon. Et moi je l’ai imité. Un jeune ( profil d’un traileur expérimenté) a remarqué qu’on s’arrête trop longtemps et est venu nous voir ce qui se passe, je lui dis qu’on arrête. Il nous traite de « fous ! » « ne vous arrêtez pas ! encore 6km de plat puis 5 km de montée et 5 km de descente et c’est la fin !ce n’est rien !!! » » je ne savais pas quoi lui dire. Ce jeune prend mon sac à dos et le met sur mon dos et relève mes batons et me les rend et me dit d’y aller maintenant ! mais je n’y vais pas. Yan reste assis et ne dit rien, il est très fatigué. Ce jeune a raison ! mais je ne voulais pas continuer sans Yan. J’étais perdu…
Bon, la navette qui récupère des blessés et des abandonnés arrive et voilà, nous partis rentrer sans regret, sans un mot. Arrivés à l’hôtel et tout de suite douche et dodo,
Le lendemain matin, au réveil, je me dis « mais non, faut pas que j’abandonne !, fallait continuer au bout ! je suis venu pour 3 jours sans ma famille pour ça !! oh non !» et Yan m’appelle et me dit « je regrette !, j’aurai dû lutter jusqu’au bout , merde ! », Mince !
Une leçon apprise pour la prochaine fois, il ne faut jamais abandonner même si on est épuisés sauf si on est blessés ! Il faut bien analyser, réfléchir avant d’abandonner, on a décidé un peu trop vite, on s’est emballés sans discuter nous deux à cause de la grande fatigue dû à la chaleur en grande partie on s’est dit dans les yeux que j’aurai du continuer seul et qu’il aurait pu dormir dans la voiture en m’attendant… que des regrets ! que des regrets ! c’est comme ça, Yan me dit qu’il est sincèrement désolé pour mon cas et je lui dis que c’est aussi de ma faute que j’ai pas bien réagi. Je ne lui en veux pas du tout, c’est un ami que je respecte beaucoup, j’aurai besoin de lui pour des courses extrêmes dans le futur. Cela nous rendra plus forts pour les prochaines courses difficiles et on n’abandonnera plus comme ça ! c’est un mal pour un bien !
On est repartis d’Annecy avec des mille regrets mais rassuré d’avoir trouvé mon niveau d’après mon abandon bizarre et inquiétant à l’écotrail de 80km de Paris ( abandon au km45) en faisant la course Ultra race sur 94km au lieu de 110km, et on était dans le bon temps en plus, ( largement loin des barrières horaires) ce qui est déjà bien avec la canicule qui ne nous a pas aidé du tout et avec le dénivelé très marquant et voir près de 45% des abandons sur cette course. .Yan me ramène chez lui déjeuner avec sa famille à côté de Dijon avant que je prenne le train du retour rentrer chez moi.. Bon, là j’ai décidé de faire une grande pause de courses de trails pour raisons familiales et personnelles. Je continuerai à m’entraîner, travailler plus les descentes etc.. et je rouvrira mon agenda de prochains trails bien plus tard. Je prendrai ma revanche un jour en refaisant cet Ultra RACE pour être finisher cette fois ci pour tourner la page. Merci de nous avoir suivis !















































































































































































































